Algérie : l’unanimité pour son explosion | Mondialisation

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Les partitions des pays sont une théorie dite réaliste ou pragmatique. En introduction, l’approche de la partition de l’Irak développée par Edward P. Joseph et Michael E. O’Hanlon du The Sabban Center for Middle East Policy de la Brookings Institution [1] aisément applicable à d’autres pays.

L’heure pour l’unique espoir de stabilité de l’Irak par une partition souple est peut-être proche. Cette partition soft en trois régions principales réalisera par les Irakiens eux-mêmes avec l’assistance de la communauté internationale. Chacune assumera la responsabilité première de sa propre sécurité et de sa propre gouvernance, comme le fait déjà le Kurdistan. Créer une telle structure pourrait s’avérer difficile et risqué. Toutefois, lorsque comparé aux alternatives – continuer à contrôler une guerre ethno-sectaire ou à se retirer et laisser le conflit s’enliser-  les risques de partitionnement seraient acceptables. En fait, la partition souple, à bien des égards, répond simplement aux réalités actuelles sur le terrain, en particulier depuis l’attaque à la bombe de la mosquée Samarra en février 2006, un important sanctuaire chiite, qui a considérablement intensifié la violence entre les différentes communautés religieuses (traduction par l’auteur). *

Depuis particulièrement 2012, les Algériens ont subi toutes les infamies politiques et judiciaires. Ils ont résisté pacifiquement et dans la dignité à sa propre destruction. Le fond de ce mouvement populaire est légitime mais c’est cette résistance que certaines intelligences veulent casser au moyen de ce gigantesque mouvement de manifestations populaires qui sont  la matérialité de la mise en œuvre de l’explosion de la patrie. De par sa composition humaine, il est impossible d’identifier ses déclencheurs au profit d’organisations stratégiques étrangères,  chiffrer ceux qui les animent et dirigent par conviction politique patriotique et ceux qui participent  pour toute autre raison et motif.

La stratégie d’ensemble de ce mouvement répond à la théorie de la non-violence de Gene Sharp et  aux méthodes du Center for Applied Nonviolent Action and Strategies (CANVAS) né en Serbie. Certains djornanistes et figures médiatiques qui veulent se placer pour son après lui attribuent le caractère révolutionnaire. En le soumettant à une légère analyse SMART, il  se caractérise par : 1) la non spécificité (S)  de son objectif qui est ‘dégager le système’,2)  sa non mesurabilité (M) alors que dans un futur proche, tous les Algériens et même les voisins doivent payer la facture, 3) sa difficile atteignabilité (A), 4) son non réalisme (R ) de son déroulement et 5) par sa temporalité (T) qui est  dans la désastreuse dynamique des hivers arabes.  

Bref apercu sur les déclarations internationales 

Cité par l’AFP [2], le secrétaire général de l’ONU ‘espère’ une ‘transition pacifique et démocratique’ en Algérie. Informé qu’il est de la situation en Afrique du Nord, il s’est abstenu de faire une proposition de médiation, de mandater une délégation de bons offices ou l’envoi d’une mission de prévention de conflits dans le Sud d’Algérie conformément aux dispositions des Chapitres VI et VII de la charte des Nations Unies. 

Du coté des États-Unis d’Amérique et comme pont entre l’économie de l’énergie et la politique, Steven A. Cook [3], Eni Enrico Mattei senior fellow for Middle East and Africa studies at the Council on Foreign Relations, un organisme créé en 1921 [4], en écrivant : ‘These demonstrations are an Algerian story—it is best to keep it that way.’ confirme qu’il faut laisser l’Algérie livrée à elle-même. Dans une forme directe et dans une contribution spéciale pour The New York Sun, Benny Avni écrit : ‘Algeria’s rebellion can end up resembling the killing fields of Libya, Syria, and Yemen.’ [5]3). 

Du coté des déclarations officielles. Avec son intelligence négative, le président de la France, qui par sa visite officielle en Algérie lui a fait subir sa pire humiliation post indépendance, suggère une ‘transition d’une durée raisonnable’ en Algérie, laquelle  à travers sa conférence nationale est la stratégie française décriée par ses concitoyens.  Avec cynisme et pendant que ses forces de sécurité répriment les Français, qui sont alimentés par la vague du populisme américain, crient leur ras-le-bol des effets d’enchainement des politiques publiques mises en œuvre depuis les années 1980,  il ajoute : ‘ Je salue la dignité avec laquelle la population, en particulier la jeunesse algérienne, a su exprimer ses espoirs, sa volonté de changement, ainsi que le professionnalisme des forces de sécurité » [6] .  L’intérêt de cette déclaration est dans la menace qu’elle contient. Après le sommet d’Aix la Chapelle, le président de la France , le pays à frire pour Yanis Varoufakis montre que pour maintenir l’Afrique du Nord sous sa tutelle et défendre ses sources d’approvisionnements , il est prêt à payer tous les prix comme déclencher une guerre en Afrique du Nord et Sahel, suspendre le paiement de ses créances que les pays faibles comme l’Algérie détiennent sur la France et lâcher toutes les fortunes en particulier les algériennes en menaçant leurs détenteurs de poursuites auprès de la Cour pénale internationale. 

Au niveau arabe. Le dernier sommet de la Ligue arabe à Tunis montre à travers sa folklorique réunion et agenda qu’en conformité avec leurs fragilités, peurs et incompétences, est la preuve que ses dirigeants abandonnent l’Algérie à son sort, celui de la dislocation. 

En Algérie, le prix de l’indignité politique et la cécité des décideurs

Une patrie telle une belle jarre qu’ils ont abimée souffre. Après avoir soutenu le président victime d’un coup d’état différé, les décideurs faute de temps et de compétences, sous la pression de la France, USA, Russie et l’absence d’une coopération régionale, sous le sceau de l’urgence, prennent des décisions improvisées qui ne feront  qu’aggraver la situation. 

Dans un processus des républiques bananières, le chef d’état-major de l’armée a en un temps record ordonné la destitution de son chef. Dans son premier avertissement, l’absence totale de forme montre que le commandement de l’armée n’est pas homogène. Dans sa décision ferme, il l’a mise dans un communiqué qui mentionne une réunion des têtes agissantes.

Avant ce coup de force, la présidence de la République a sollicité un ancien général et chef de l’État pour diriger une transition. Ce durant, il s’est étripé avec l’ancien général chargé des services secrets. Ils se sont accusés de mensonges, un enfantillage. À ces deux généraux et aux autres et plus de deux années avant, nous nous sommes adressés à eux pour qu’ils appellent à la paix et dire à la France de s’éloigner de l’Algérie.   

Après les annonces de ‘ceux qui décident en Algérie’ [6], une désignation insultante du président de la France, deux diplomates algériens expérimentés et assermentés auprès de l’Organisation des Nations-Unies (b) ont fait une apparition  dans le paysage politico-médiatique. Par ses déclarations qui montrent la gravité des menaces et sa proposition de sortie de crise, l’ancien secrétaire général adjoint de l’ONU a, probablement sous les menaces de l’armée, quitté le bateau en naufrage de l’Algérie en compagnie de son remplaçant à l’ONU.  Ces deux diplomates ont accompagné tous les processus politiques algériens, ils incarnent avec d’autres l’indignité politique et par conséquent son prix que paie le peuple. Le dernier chef du gouvernement qui a conduit toutes les hitlériennes politiques publiques est devenu silencieux et pourtant il a dit au moins une vérité : la menace de la transformation de l’Algérie en Irak ou Libye.   

Les décisions prises

Après l’éviction du président devant ceux-là même qu’il ain tronisés, sous le motif fallacieux de fuites de capitaux, des ripoux ont été arrêtés. D’une démarche sage et authentiquement patriote, ces arrestations sont devenues un attrape-nigaud parce que la fuite des capitaux la plus dangereuse est celle conduite par les banques et firmes étrangères installés en Algérie. Dans cette instabilité, la crise de liquidité et de solvabilité risquent de se produire rapidement. Sans surévaluation du dinar et état d’urgence financier lesquels feront très mal aux Algériens et c’est un passage obligatoire, ces arrestations sont de la poudre aux yeux. 

Présentement, après les blocages des deux partis politiques les plus lourds négativement parlant, la démission de posture de certains députés, un nouveau gouvernement duquel est parti l’ancien ministre des Finances et son remplacement par le gouverneur de la banque centrale, cette authentique chambre à gaz de l’Algérie, c’est le chaos qui se dessine sans remise en cause des politiques du FMI et de la Banque mondiale. Ces bricolages font que l’hyperinflation tant redoutée pourrait exploser et la dollarisation de l’économie algérienne sera prête dans trois à quatre ans. Ainsi l’Algérie sera exclue des terres françaises et offerte aux USA pour une future monnaie qui dégringolera au point de ne rien valoir.   

L’autre danger est à attendre une fois les manifestations au Nord dégonflées est dans la continuation de la terre brulée à partir d’autres endroits. La solution qui fera très mal aux Algériens et à certains pays est celle de la guerre laquelle fera plaisir à d’autres car ils la veulent pour chasser la France, la Chine et la Russie. 

L’héritage de Hocine Ait Ahmed et Ali Mecili à vau-l’eau et l’intronisation de stars par la rue

Faute de construction réfléchie, les manifestants influenceront l’intronisation de nouvelles stars politiques qui ne comprennent absolument rien au long terme de l’Algérie. Hocine Ait Ahmed (1926, 2015) et l’assassiné en France, l’avocat, dirigeant de la Maison bleue, Ali-André Mecili (1940, 1987) ont aimé la patrie. Ils lui ont offert une ligue pour la défense des droits de l’homme. Ils en ont fait un terreau pour la justice, la bravoure et l’humanisme. Rapidement, elle est devenue un centre pour registre de commerce de  la promotion politique. Après en avoir bénéficié, certains des plus visibles dans ces manifestations et candidats à la starification politique l’ont massacrée. 

Solution. 

Toutes les solutions qui permettront à l’Algérie de jouer la montre contre la guerre sur son sol et son partitionnement sont bonnes. Elles doivent toutes intégrer l’amazighité et un nouvel hymne national bilingue. Un groupe d’Algériens authentiquement révolutionnaires, patriotes et libéraux pourra ou devra voir le jour. Il aura son chef, son gouvernement et son état-major qui s’identifiera et se démarquera de ces mouvements de masse. Ce groupe dira aux Algériens que le prix de la dignité d’une terre se mesure en sacrifices et vies. C’est cette terre une fois guérie qui fera une belle jarre. Une Patrie.  

Cherif Aissat

 

* Texte original en anglais : The time may be approaching when the only hope for a more stable Iraq is a soft partition of the country. Soft partition would involve the Iraqis, with the assistance of the international community, dividing their country into three main regions. Each would assume primary responsibility for its own security and governance, as Iraqi Kurdistan already does. Creating such a structure could prove difficult and risky.However, when measured against the alternatives—continuing to police an ethno-sectarian war, or withdrawing and allowing the conflict to escalate—the risks of soft partition appear more acceptable. Indeed, soft partition in many ways simply responds to current realities on the ground, particularly since the February 2006 bombing of the Samarra mosque, a major Shi’i shrine, dramatically escalated intersectarian violence.

Notes: 

  1. Dans la présentation du Conseil des Relations Internationales, les lecteurs intéressés verront toutes les catégories de personnes sur lesquelles les USA s’appuient. Parmi elles, il y a Angelina Jolie. 
  2. Notre deux réactions à l’émergence de ces deux diplomates dans la scène politique algérienne. https://www.youtube.com/watch?v=nSk8acom8w4 et https://www.youtube.com/watch?v=o6V-r5KK9C4 
  3. Notre adresse aux généraux janvieristes algériens qui se sont accusés de mensonges. https://www.youtube.com/watch?v=zDWhdAld3MI  

Sources d’informations

[1] Edward P. Joseph et Michael E. O’Hanlon. The Case for Soft Partition in Irak. https://www.brookings.edu/research/the-case-for-soft-partition-in-iraq/ 

[2] AFP. L’après Bouteflika, aux contours incertains, s’ouvre en Algérie.  https://www.afp.com/fr/infos/334/lapres-bouteflika-aux-contours-incertains-souvre-en-algerie-doc-1fc3n93 . Consulté le 6 avril 2019. 

[3] Steven A. Cook. Don’t Get Your Hopes Up About Algeria. https://foreignpolicy.com/2019/03/13/dont-get-your-hopes-up-about-algeria/

[4] CFR. About the Council on the Foreign Relations. https://www.youtube.com/user/cfr 

[5] Benny Avni.  Next Bloodbath Could Erupt At Algeria. https://www.nysun.com/foreign/next-bloodbath-could-erupt-at-algeria/90608/   

[6] Le Monde. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/03/12/algerie-macron-appelle-a-une-transition-d-une-duree-raisonnable-apres-le-renoncement-de-bouteflika_5434750_3212.html  

La source originale de cet article est Mondialisation.ca




Source mondialisation

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