Denis Mukwege, une toile au cœur des tnbres ou « l’homme qui rpare les Femmes », Prix Nobel de la Paix

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     « C’étaient des conquérants, et pour cela, il ne vous faut que la force matérielle, rien dont il y ait lieu d’être fier lorsqu’on la détient, puisque votre force n’est tout juste qu’un accident résultant de la faiblesse des autres. Ils mettaient la main sur tout ce qu’ils pouvaient attraper, pour le seul plaisir de tenir ce qu’il y avait à posséder. C’était là proprement pillage avec violence, meurtre prémédité sur une grande échelle, et les hommes y allant à l’aveugle, comme font tous ceux qui ont à se mesurer aux ténèbres. La conquête de la terre, qui consiste principalement à l’arracher à ceux dont le teint est différent du nôtre ou le nez légèrement plus aplati, n’est pas une fort jolie chose, lorsqu’on y regarde de trop près. Ce qui rachète cela, c’est l’Idée seulement. Une idée derrière cela, non pas un prétexte sentimental, mais une idée et une foi désintéressée en elle, quelque chose, en un mot, à exalter, à admirer, à quoi on puisse offrir un sacrifice… »

    Joseph Conrad, Le Cœur des Ténèbres, « Heart of Darkness » (écrit en 1899, publié pour la première fois en 1902)

    « Les mots qu’on connaît bien prennent dans ce pays un sens cauchemardesque. La liberté, la démocratie, le patriotisme, le gouvernement – tous ont un parfum de folie et de meurtre »

    Joseph Conrad, Nostromo (1904)

     

    En cette année 2018, le prix Nobel de la paix récompense le Congolais Denis Mukwege, le « réparateur des femmes », et la Yazidie Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle du pseudo état islamique Daesh. Le prix reconnaît et honore leur lutte contre les crimes et les violences sexuelles commis principalement à l’encontre des femmes et des enfants lors des conflits et des guerres.

    Pasteur chrétien évangélique de courant pentecôtiste dans une église de Bukavu, Denis Mukwege, né le 1er mars 1955 à Bukavu dans le Sud-Kivu en République démocratique du Congo, est un gynécologue et militant des droits humains congolais. Surnommé « L’homme qui répare les femmes », il partage depuis quelques heures le Prix Nobel de la Paix avec une autre héroïne, l’irakienne Nadia Murad.

    Dans son hôpital de Bukavu, ville située dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), plus de 50 000 femmes violées, sexuellement mutilées, ont été soignées depuis 1999. Toujours menacé dans son pays, le docteur Denis Mukwege, qui travaille avec son collègue le Dr. Guy-Bernard Cadière à l’hôpital de Panzi à Bukavu, a reçu de multiples récompenses – prix Olof Palme et prix des Droits de l’homme des Nations Unies (ONU) en 2008, prix Sakharov en 2014 – et son nom qui était régulièrement proposé pour le prix Nobel de la Paix a enfin été retenu.

    Je prends ici la liberté de ne parler que de M.Mukwege en citant deux documents qui illustreront parfaitement le contexte dans lequel travaille ce médecin gynécologue.

    Considérez qu’il est un héros. Il le mérite ainsi que sa co-lauréate dont le triste visage traduit les souffrances qui lui ont été infligées.

    • I- Le premier texte est le commentaire de Junie, une jeune femme qui rend compte de sa lecture du livre écrit par le Dr Mukwege, intitulé « Plaidoyer pour la vie ».

    « La RDC, écrit-elle, est un pays gangréné par la corruption, son président est sourd à la misère et ignore les besoins essentiels de la population, et l’instabilité politique laisse le champ libre aux « rebelles » de tous bords qui pillent, massacrent et terrorisent les civils démunis. Les femmes sont victimes d’atroces mutilations et du rejet de leurs proches quand elles y survivent.
    Un immense pays au cœur du continent, 70 millions d’habitants dont 90% vivent sous le seuil de pauvreté, des millions de morts au cours des guerres civiles, des chiffres de mortalité infantile et maternelle effarants, 40 ethnies et autant de langues, et un homme qui ne baisse pas les bras face à ce désastre, et qui consacre sa vie à sauver celle des autres. Il a vu partir les colons belges en 1960 après 50 ans d’exploitation des richesses minières et d’une population asservie et humiliée. Et il a vu s’installer le chaos pendant les 30 années du dictateur Mobutu, remplacé par les deux Kabila qui n’ont fait qu’aggraver le sort du pays. Un pays dont les richesses ne profitent qu’à quelques-uns, ceux qui se pavanent en Mercedes pendant que les milices et les mercenaires font régner l’insécurité, détruisent les biens, les cultures, les populations impuissantes. On se croirait dans un de ces pays d’épouvante où règnent des seigneurs de la guerre, cupides, barbares et cruels, ceux qui font rôtir les enfants tout crus et ravagent avec rage, ne laissant que des cendres derrière eux. Hé bien ce pays existe « en vrai », et il faut être sacrément gonflé pour se mettre en travers de la piste et dire stop, arrêtez le massacre !

    https://www.babelio.com/livres/Mukwege-Plaidoyer-pour-la-vie/874594

    • II- Le second texte est un article, véritable reportage de guerre, écrit par Anne-Marie Lauwaert, qui a elle aussi vécu au Congo (belge), et qui commente un album de bande dessinée dont la lecture, plus que marquante, et l’histoire, qui croise celle du Dr Mukwege, – ne peuvent laisser indifférent.

    J’invite cordialement les lecteurs à lire préalablement les liens qui suivent avant l’article dont je rends compte ci-après. Ainsi pourront-ils mieux comprendre ce dont il s’agit.

    « Kivu », la rentrée-choc de Jean Van Hamme et L’enfer des Kivu raconté en bande dessinée : un air de déjà-vu

    http://www.actuabd.com/Kivu-la-rentree-choc-de-Jean-Van-Hamme

    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/09/12/l-enfer-des-kivu-raconte-en-bande-dessinee-un-air-de-deja-vu_5353977_3212.html

    Voici le texte de Mme Lauwaert :

    « Nous connaissions déjà le Docteur Denis Mukwege, le médecin qui répare les femmes, ses textes, conférences, films, interviews, etc. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, qu’ils aillent tout de suite lire sur Google : c’est capital ! En plus, écrit-elle, depuis quelques jours nous avons un document exceptionnel : une BD du titre « Kivu » ( région de l’ex-Congo Belge) signée par Simon Van Hamme et Christophe Simon et qui parle de personnages vrais : justement le Dr. Mukwege et le Dr. Guy-Bernard Cadière qui, à l’hôpital de Panzi à Bukavu, réparent les femmes… les petites filles et même les bébés… des atrocités qu’elles ont subies de la part de leurs compatriotes…

    Le médecin belge qui soigne les Congolaises violées

    Cette BD, écrit Anne Lauwaert dans son article publié sur un site qui peut prêter à discussions (là n’est pas la question qui, je le précise, est hors sujet du propos de cet article) est un témoignage fidèle et crédible dans la Collection Signé. Une signature. « Par ces quelques traits, les artistes concluent leurs œuvres. Elle est la preuve de leur engagement, de la sincérité de leur création et de la paternité de leur discours. »

    https://livre.fnac.com/a12278474/Jean-Van-Hamme-Kivu

    Quand monsieur Conrad ( elle parle ici du rappeur Nick Conrad, l’homme qui appelle au meurtre des Blancs, et non du célèbre romancier Joseph Conrad, cité en exergue), invite ses auditeurs à commettre des exactions, il n’invente rien : c’est exactement ce qui se fait quotidiennement en Afrique, non seulement le massacre des Blancs au Zimbabwe ou en Afrique du Sud, https://ripostelaique.com/afrique-du-sud-70-000-fermiers-blancs-assassines-depuis-1994-dans-lindifference-generale.html

    Mais aussi les massacres au Congo, entre autres au Kasaï
    https://www.la-croix.com/Monde/Afrique/En-RD-Congo-nouveaux-massacres-Kasai-2018-01-08-1200904308

    et, en l’occurrence, au Kivu.

    Pour ce qui est de la cruauté, on se souviendra du support de Winnie Mandela au supplice du pneu rempli d’essence brûlant autour du cou des dissidents…
    https://forum-politique.org/viewtopic.php?t=147839

    L’histoire de la BD ? François, un jeune ingénieur ingénu et belge part au Kivu travailler pour une compagnie minière qui trafique du coltan et de la cassitérite, ces métaux rares indispensables pour nos nouvelles technologies : smartphones, voitures et bicyclettes électriques, éoliennes, panneaux solaires & Co. Pendant ce temps au Kivu, une bande armée attaque un village.

    Leur chef : « Les femmes et les gamines violées et mutilées devant leur famille. Les hommes à partir de 12 ans, faits prisonniers. Les mains coupées pour ceux qui résistent. Les bébés et les vieillards brûlés dans leur cahute, morts ou vifs. Vous, mes lionceaux, ce sera votre première attaque, rappelez-vous que nous ne régnerons sur ce pays que par le fer et le feu. Je couperai moi-même le nez et les oreilles de ceux d’entre vous qui n’exécuteront pas mes ordres, vous avez compris ? »

    Deux enfants du village : Jérémie et Violette, assistent au massacre et tentent de fuir mais sont capturés.Un assaillant : « Ta gueule toi, ou je te coupe les couilles et te les fais manger. »

    Ils veulent violer Violette : « Mets-toi à genoux et écarte les cuisses. »
    Jérémie tue le chef qui voulait violer Violette, ils fuient à Bukavu. Jérémie est capturé et vendu comme esclave dans une mine. Violette est renversée par la jeep qui conduit François, celui-ci la porte à l’hôpital pour la faire soigner.

    Violette à François : « Ils tuent les vieillards et les bébés à la machette, ils éventrent les femmes enceintes et violent les autres devant leur mari et leurs enfants avant de leur enfoncer un pieu ou une baïonnette entre les jambes, ce sont des fous furieux, des monstres. » François met Violette en sécurité à l’hôpital de Panzi à Bukavu où travaillent les Dr Mukwege et le Dr Guy-Bernard Cadière qui vient l’aider chaque année.

    « C’est dans cette aile qu’elles (les femmes mutilées) sont hospitalisées avant d’être opérées, leur côlon, leur vagin, leur anus, ne sont plus qu’une bouillie sanglante et fétide, l’odeur est insupportable. »

    Le Dr Cadière : « Une gosse de 18 mois, un bébé, tu te rends compte ? Le vagin et le rectum perforés lors d’un viol collectif ! Qu’elle soit restée en vie est un miracle. »
    François : « Ces gens sont malades. »

    Le Dr Cadière : « Malades de drogue et ivres de cruauté, un de ces gamins, dont une bande rebelle voulait faire un enfant soldat, a été forcé de couper les seins de sa mère et de les manger devant son père. Fou de terreur, il a réussi à s’enfuir et à se réfugier dans une mission. L’un des prêtres l’a retrouvé deux jours plus tard dans la chapelle, crucifié sur la grande croix par-dessus le Christ, langue arrachée et yeux crevés, il avait 13 ans. »

    François rencontre le Dr Mukwege qui « est très en colère, c’est la dix-septième fillette violée qui vient d’arriver du même endroit près de l’aéroport. »
    François part à la recherche de Jérémie et découvre l’horreur de la situation : routes défoncées, tentatives de le tuer, groupes armés, corruption, etc.

    Un « mercenaire » : « Jusqu’à la fin des années 80, Goma était la ville balnéaire la plus courue du Congo, superbe décor de montagnes et de volcans, les gorilles du Parc des Virunga, les éléphants du Parc Albert et les belles plages du Lac Kivu. Mais en 94, c’est l’arrivée massive des réfugiés rwandais qui y créent le RCD, un nom bien ronflant pour couvrir le pillage systématique de la région »

    (Pendant la colonisation le Kivu, Rwanda et Burundi étaient en effet des régions magnifiques, fertiles et paisibles.)

    François retrouve Jérémie mais ils tombent dans une embuscade.

    L’agresseur au sujet de l’enfant : « Oh, simplement l’empaler devant l’état-major de mon ami Malumba, après lui avoir crevé les yeux et arraché la langue, bien entendu. Il paraît que quand c’est fait proprement, on ne met que deux ou trois jours à mourir, le temps nécessaire pour se repentir de son crime. »

    Et à François : « mais ta tête plantée sur une pique au cœur de Bukavu servira d’avertissement pour tous ceux qui veulent se dresser contre les Interahamwe. »

    L’histoire finit bien : François et Jérémie parviennent à Bukavu.

    François au Dr Mukwege : « Je voudrais pouvoir servir à quelque chose en écrivant quelques articles et peut-être un livre sur ce qui se passe ici et sur ce que vous faites. »
    Dr Mukwege : « C’est en écrivant que vous pourrez nous être le plus utile. »

    François assiste encore à des opérations.

    « On a introduit chez cette femme un couteau dans le vagin. Son vagin, sa vessie et son rectum sont déchirés. Du coup les selles et les urines coulent en continu par le vagin. Le Dr. Mukwege et mon père vont reconstruire le vagin et le rectum en opérant à 4 mains par laparoscopie. »
    Jérémie et Violette retrouvent leur mère et François repart vers la Belgique.

    Résultat : cette BD qui dénonce la situation terrible au Kivu. Ce n’est pas le seul pays en proie à la barbarie, nous le savons, mais le voir dessiné, le lire et le relire nous touche plus profondément que les comptes rendus banalisés du J.T.

    Qu’est-ce que cela a à voir avec le rappeur Nick Conrad ?

    Je vous ai recopié quelques dialogues, écrit Anne Lauwaert, car j’ai été frappée par la similitude avec les paroles du rappeur.

    La question : la violence dans les paroles des rappeurs fait-elle partie de leur culture, civilisation, tradition, mentalité, subconscient ?

    Quand Nick Conrad se défend d’être raciste et déclare :

    « Je ne reviens pas sur ce que j’ai dit, je ne le regrette pas, je le pense vraiment mais ce n’est pas blessant, ce n’est pas violent », et que des rappeurs considèrent leurs textes comme de l’art, est-ce parce qu’ils ne se rendent pas compte de la gravité du fait que cette violence est inscrite dans leur subconscient ? et que personne ne leur a opposé les limites de la civilisation occidentale ?

    Le problème, c’est d’inviter chez soi des milliers de jeunes étrangers dont on ne connaît ni l’Histoire, ni la civilisation, culture, religion et pas non plus le fond de leur subconscient et auxquels personne n’a opposé les limites de la civilisation occidentale.

    Quand Pamela est torturée, assassinée et démembrée à Macerata par deux Nigérians, n’est-ce pas la même violence ?

    Quand « Une bande de trente jeunes, munis de battes de baseball et de sabres, a attaqué un bus dans la ville d’Angoulême ce mercredi. Pour Boulevard Voltaire, Vincent You, adjoint au maire d’Angoulême, analyse les raisons de cette recrudescence de la violence. »
    N’est-ce pas la même violence ?

    Le problème c’est aussi quand l’Occident accepte ces violences, comme, entre autres, les mutilations génitales, sous prétexte qu’il s’agit de « leur culture ».
    Le problème c’est quand cette « culture » s’exprime en « provocation directe à commettre des atteintes à la vie » comme dans le cas du rap de Nick Conrad.

    https://www.huffingtonpost.fr/2018/09/28/nick-conrad-sera-juge-pour-provocation-directe-a-commettre-des-atteintes-a-la-vie_a_23544851/

    Le livre BD, conclut-elle : il faut l’acheter, le lire, le faire connaître car, comme l’écrit Colette Braechman dans son introduction : « Congo : le dessin est aussi un cri pour déchirer l’empire du silence ».

    Ce silence qui cache non seulement le massacre des populations et surtout des femmes mais aussi « La guerre des métaux rares – la face cachée de la transition énergétique et numérique » dénoncée par Guillaume Pitron et dont je vous avais déjà fait un compte rendu. Ces guerres qui provoquent aussi les migrations qui arrivent chez nous, ce cercle vicieux qui nous menace tous. »

    http://www.guillaumepitron.com/

    Félicitations, cher Docteur, et à vous aussi, Dr Cadière, ainsi qu’à Madame Murad dont le monde salue le coourage pour votre résistance, pour vos engagements et combats qui sont aujourd’hui mondialement reconnus et honorés !

     



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