Des armes françaises utilisées au Yémen (une note secrète contredit la version du gouvernement)

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La coalition menée par l’Arabie saoudite a utilisé des armes vendues par Paris dans le cadre de ses opérations militaires au Yémen. Malgré le discours officiel de Paris, ces armes pourraient donc être à l’origine de nombreuses pertes civiles.

«Chars Leclerc, obus flèche, Mirage 2000-9, radar Cobra, blindés Aravis, hélicoptères Cougar et Dauphin, canons Caesar…» : selon le rapport d’une enquête menée conjointement par l’ONG Disclose et la cellule d’investigation de Radio France, la coalition armée menée par l’Arabie saoudite aurait fait usage d’armement français pour faire feu au Yémen, «y compris sur des zones civiles».

Ces révélations contredisent ainsi la version avancée par la France pour justifier certains de ses contrats d’armement controversés. Paris a en effet toujours expliqué que les armes vendues à ses partenaires étaient utilisées dans des positions défensives, principalement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Publiées ce 15 avril sur le site de Disclose, les révélations se basent notamment sur la fuite d’un document portant la classification «Confidentiel Défense», rédigé le 25 septembre 2018 par des officiers de la Direction du renseignement militaire, selon l’ONG. Y figure notamment «la liste détaillée des armes françaises impliquées dans la guerre au Yémen».

Sur cette base, l’enquête révèle par exemple une carte de la région qui montre où ont été utilisées les armes vendues par la France à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. «Population concernée par de possibles frappes d’artillerie : 436 370 personnes» précise le rapport confidentiel qu’a obtenu l’ONG, au sujet des bombardements menés par la coalition.

De tels documents ont été «présentés lors d’une réunion à l’Elysée, le 3 octobre 2018, en présence d’Emmanuel Macron», précise l’ONG Disclose dans un tweet présentant son enquête.

Entre autres révélations, l’enquête soutient par ailleurs que «les chars Leclerc participent aux offensives», contredisant ainsi le ministre français des Armées Florence Parly, qui avait affirmé le 20 janvier 2019 ne pas avoir connaissance «du fait que des armes [françaises] soient utilisées «directement dans ce conflit». De son côté, le rapport de l’enquête précise par exemple : «En novembre 2018, les chars français sont au cœur de la bataille d’Al Hodeïda.»

En outre, alors que les attaques les plus meurtrières du conflit ont été menées par voie aérienne, le rapport de l’enquête explique «que des avions de chasse saoudiens sont équipés d’un bijou technologique conçu et entretenu par des ingénieurs français : le pod Damoclès», un dispositif d’imagerie fixé sous les avions de chasse, permettant au pilote de guider tout type de missiles.

La France n’est pas parmi les premiers fournisseurs d’armes des pays engagés au Yémen

Sollicité au sujet des révélations fournies par l’enquête, le cabinet du Premier ministre a souhaité y apporter «des éléments de réponses», mettant notamment en avant «des partenariats stratégiques autour d’intérêts de sécurité communs» entre la France, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis.

Au delà des explications géopolitiques justifiant ces partenariats, la lettre du gouvernement insiste sur les propos déjà tenus par la ministre des Armées, affirmant que «les armes françaises dont disposent les membres de la coalition sont placées pour l’essentiel en position défensive, à l’extérieur du territoire yéménite ou sur des emprises de la coalition, mais pas sur la ligne de front». Et le cabinet ministériel de nuancer : «La France n’est pas parmi les premiers fournisseurs d’armes des pays engagés au Yémen.»



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