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Le concert d’Aretha Franklin filmé en 1972 a mis des décennies à arriver sur nos écrans – et cela valait amplement la peine d’attendre. Chef-d’œuvre ! 

Il semblerait qu’on assiste à un miracle – quelques caméras, une foule et une voix touchée par Dieu en personne. Pendant deux jours, en janvier 1972, Aretha Franklin s’est levée pour partager son amour du gospel à la New Temple Missionary Baptist Church de Watts, épaulée par la magnifique équipe de la Southern California Community Choir. Une équipe de tournage était là pour filmer la Reine de la Soul en train d’effleurer les cieux. Non pas pour s’approcher du Seigneur – sûrement qu’Il l’écoutait déjà – mais pour témoigner de sa gloire et de son immense foi. L’enregistrement live du concert est devenu le disque le plus vendu de la chanteuse. Huit mois après le décès d’Aretha Franklin, à l’âge de 76 ans, c’est toujours le cas.

Alors pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour enfin voir ce film ? C’est une longue histoire (sur laquelle revient Xavier Bonnet revient dans notre numéro 115), impliquant surtout de nombreux problèmes techniques. Le réalisateur Sydney Pollack, près de dix ans avant de remporter l’Oscar du film pour Out of Africa, n’a pas réussi à synchroniser correctement l’image et le son, rendant le film que nous avons là totalement inédit. Et puis, quatre décennies plus tard, un autre miracle s’est produit. Des experts en numérique sont intervenus sous la direction du producteur Alan Elliott, et ont mis au point des méthodes d’arrangements. Voici donc Franklin, vêtue d’un caftan, mise en valeur par une image et un son en parfaite harmonie. L’observer comme cela revient de l’expérience inoubliable, notamment lorsqu’elle enchaîne « What a Friend We Have in Jesus » et « Wholy Holy » de Marvin Gaye. On dit souvent que les bonnes choses valent la peine d’attendre. Ce film rayonnant en est la preuve irréfutable.

Amazing Grace n’a aucun faux-semblant. Il n’y a pas d’effets spéciaux, pas de frime de réalisation. Les caméras bougent à peine. Nul besoin d’artifices : la Reine est présente, elle est bien là ; chantant de tout son cœur. Le révérend James Cleveland tourne autour de cette supernova, s’assoit un temps et pleure sans relâche, pendant que le chef d’orchestre Alexander Hamilton agite les mains en l’air, en adéquation avec la chanteuse. Arrive le révérend C.L. Franklin (le père d’Aretha) qui essuie la sueur sur le front de sa fille. Le batteur Bernard Purdie, le guitariste Cornell Dupree et le bassiste Chuck Rainey… tous sont sous le charme et accompagnent la chorale afin d’élever au ciel des titres comme « How I Got Over » et « The Old Landmark ». Il y a même, furtivement, un jeune Mick Jagger qui apparaît au fond de la salle, debout et enthousiaste, frappant des mains. Même l’équipe de Pollack a l’air impressionnée, alors qu’elle traque le moindre moment de grâce dans le public ou sur scène. Un moment unique pour signer à jamais la postérité. Le résultat est un film-concert qui se classe parmi les meilleurs, à la hauteur de The Last Waltz de Martin Scorsese et Stop Making Sense de Jonathan Demme.

À la différence près que ces chefs-d’œuvre n’avaient et n’auront jamais la Reine de la Soul à l’écran. Et la voilà, mesurée dans ses propos, ne brisant aucunement ce silence de cathédrale. Elle sait instinctivement que son chant est à ce moment précis tout ce qui compte, quand vient le temps d’adorer et de prêcher. D’une grâce incroyable.

 Peter Travers
Traduit de l’anglais par Samuel Regnard

Amazing Grace, réalisé par Alan Elliott, sera diffusé au cinéma uniquement du 6 au 10 juin 2019. 

  • Tout savoir sur l’événement au cinéma, c’est ici
  • Pour se procurer la version physique de Aretha Franklin « Amazing Grace – The Complete Recordings” (4LP), c’est par ici. 
  • Pour la version digitale, par ici. 

Ci-dessous la bande-annonce du film :

Source ww.rollingstone.fr

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