INTERVIEW – Mikkey Dee : « Des petits bouges sympa, sans prétention et avec de la bonne musique… »

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Avant le Tedeschi Trucks Band, fondé avec son mari en 2010, Susan Tedeschi a écumé tous les clubs et festivals de la planète, enregistré six albums solo et ouvert la voie à toute une génération de femmes guitaristes de blues.

On a souvent dit d’elle qu’elle était un mélange de Janis Joplin, de Bonnie Raitt et d’Aretha Franklin. Avec, peut-être, un supplément d’âme et une grâce qui n’appartiennent qu’à elle. N’enlevons rien aux talents de ses illustres aînées, qui ont marqué l’histoire, et sans lesquelles Susan n’existerait sans doute pas. Mais l’évidence est là. Tous ceux qui ont eu la chance de la voir sur scène, avec son propre groupe, n’en reviennent toujours pas.

Une ravissante jeune femme qui se transforme tout à coup en une satanée chanteuse de soulful blues, avec une puissance, une profondeur et une intensité émotionnelle uniques. Je n’avais pas entendu un tel talent depuis longtemps”, se souvient Bob Vorel, l’éditeur de Blues Revue Magazine, lorsqu’il découvre pour la première fois Susan Tedeschi en concert. C’était en 1995, dans une petite salle d’une banlieue de Boston (Massachusetts). À l’époque, Susan n’a pas de manager, pas d’attaché de presse, pas de disque à vendre, aucun plan de carrière. Et sa musique, un mélange de blues, de rock et de soul chanté avec la ferveur d’un gospel d’église, n’est pas à la mode du jour. “Je faisais la musique que j’aimais, j’avais un certain succès dans les clubs locaux, j’étais heureuse, je n’en demandais pas plus”, raconte Susan. La jeune femme, pourtant, qui cite Etta James, Mahalia Jackson, Billie Holiday, Ray Charles et Donny Hathaway comme ses principales influences, va vite se révéler comme l’une artistes les plus accomplies de son temps.

L’album Just Won’t Burn (Tone-Cool Records), qui marque ses débuts, se vend à 600 000 exemplaires aux États-Unis. Du jamais vu pour un premier disque de blues. En 2000, Susan échoue même de justesse au Grammy Award de la meilleure nouvelle chanteuse de l’année, derrière Christina Aguilera. Les plus grands (Les Rolling Stones, le Allman Brothers Band, Bod Dylan, BB King) se battent pour l’avoir en ouverture de leur show. Une immense consécration pour une artiste qui ne ressemble à aucune autre. Sa voix monte jusqu’à Dieu, son jeu de guitare est comme possédé, ses chansons ressemblent à des poèmes, aux mélodies d’une incroyable fluidité, tantôt douces et caressantes, mais qui savent rugir et s’emballer en vous plaquant au sol. C’est aussi l’une des premières femmes à s’être imposée dans un univers d’hommes : celui des bars poisseux et des petites salles de quartier où l’on joue une musique brute, instinctive, sans concessions ni effets. “C’était plutôt inhabituel de voir une femme chanter le blues et jouer de la lead guitare, avec un répertoire roots. D’autant que je n’étais pas la seule fille dans le groupe. Il y avait Adrienne Hayes à la guitare rythmique et Annie Raines à l’harmonica. Deux super musiciennes. On était une attraction…”, précise-t-elle.

Toute petite, déjà, Susan avait quelque chose en plus. “Je chantais dans mon berceau avant même de savoir parler, disait ma mère. Dès 6 ans, je jouais dans des comédies musicales.” Adolescente, elle grandit en écoutant les disques de son père, Dick Tedeschi, petit-fils d’Angelo Tedeschi, fondateur et propriétaire de Tedeschi Food Shops, grande chaîne de supermarchés du nord du pays. “C’est mon père qui m’a fait découvrir le blues. Il avait une collection incroyable, et s’intéressait plus à la musique qu’aux magasins de la famille.” L’autre révélation viendra de la chorale gospel du Berklee College of Music, où elle étudie. “Ça a changé ma vie, ma façon de chanter et de voir les choses. Rien à voir avec la chorale catholique de ma jeunesse.” Pour Susan, ce n’est pas simplement de la musique, c’est une célébration, quelque chose qui vient du plus profond de soi et que l’on partage. Loin des modes, des formules et des diktats de l’industrie du disque. De 1993 à 2000, elle suit son propre chemin, naviguant entre blues, soul, gospel et rock’n’roll. Cinq albums, cinq merveilles d’une sincérité et d’une liberté totales. Et puis un jour, elle décide de créer avec son mari, Derek Trucks, qui a lui aussi sa propre formation (en plus de son rôle au sein du Allman Brothers Band), le Tedeschi Trucks Band. Leurs deux groupes en un seul. Un super band de douze musiciens qui, depuis 2010, donne une moyenne de 150 concerts par an et a déjà produit six albums (quatre en studio et deux live). “Cela a été un sacré changement pour moi”, précise Susan. “Une expérience très enrichissante. Mais c’est une grosse machine, pas facile à gérer tous les jours. On a chacun nos différences, nos envies, et mon groupe me manque.

L’année prochaine, après une gigantesque tournée mondiale qui passe par la France le 2 avril (Olympia, Paris), Susan devrait prendre un peu de distance avec le Tedeschi Trucks Band. “Je rêve de faire un album de gospel. Et j’ai besoin de retrouver mes sensations, de renouer avec ma carrière solo. Mais Derek pourra quand même venir jouer sur mes disques”, conclut-elle avec un grand sourire.

Bertrand Deveaud

Source ww.rollingstone.fr

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