« Once Upon a Time… In Hollywood », Maestro Tarantino

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Tourné au cœur de la Mecque du cinéma, un grand film tragi-comique, ultra référencé et absolument jouissif. Du très beau Tarantino

Projeté au festival de Cannes, le dixième film de Quentin Tarantino a divisé la critique. Certains l’ont jugé trop lent, d’autre caricatural, d’autres ont conspué un dénouement improbable voire déplacé. Concernant la caricature, on préférera le terme de parodie, l’un des outils du réalisateur depuis ses débuts. La fin ? On ne la dévoilera pas ici, ce serait pure cruauté, mais cette réécriture de l’histoire est à la fois naïve et audacieuse. Et, surtout, malgré sa flamboyance, d’une pudeur vouée à panser les blessures.

Quant à la lenteur… On parlera plutôt d’un film qui prend son temps, comme on prend son temps à Los Angeles et plus encore dans les années 1960, sous un soleil qui permet tout, près des fabriques à rêves et loin du Vietnam. Au cœur du divertissement qui nous a construit en tant que spectateur, y compris si l’on devient réalisateur, ce qui est précisément le cas de Tarantino, amoureux fou du cinéma comme s’il avait encore dix ans. Son corpus en témoigne depuis toujours, et ses références à outrance lui ont suffisamment été reprochées pour ne pas reconnaître son sens de l’hommage. De la citation, de la révérence, il y en a beaucoup dans Once Upon a Time… In Hollywood, dès son titre clin d’oeil à Sergio Leone.

© Sony Pictures

Il était une fois, donc, un acteur à la larme facile nommé Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) qui peine à sortir de son image de méchant dans des productions de qualité inégale, et qui voit les petits jeunes le talonner de près. Il est toujours flanqué de Cliff Booth (Brad Pitt). À l’origine cascadeur, ce dernier s’est résigné à être l’homme à tout faire de Dalton : chauffeur, réparateur d’antenne, compagnon de vie… Déjà satisfait d’être encore dans les parages malgré un passif peu reluisant, il accepte son sort avec un sourire nonchalant. Et une bonne dose d’alcool, ce dont ne se prive pas non plus Dalton, quitte à oublier son texte devant la caméra. Sa carrière a beau s’embourber, il se targue d’être voisin de Roman Polanski et Sharon Tate (Margot Robbie). On doit d’ailleurs à ce personnage solaire et joyeux l’une des scènes les plus attendrissantes de Once Upon a Time… In Hollywood, lorsqu’elle va se voir jouer dans son propre film, orteils gigotant sur le siège du devant, éclatant de rire devant sa performance. Mais nous sommes en 1969, et le tonnerre gronde au loin. La famille de Charles Manson évolue dans un ancien décor de western. Le passage de Booth chez ces inquiétants hippies est l’un des points d’orgue du film, tout en suspension et en tension crépusculaire, où l’on sent le monstrueux ramper à pleines pattes sur le sol poussiéreux.

Chaque détail a une importance cruciale, chaque scène nous emporte dans un endroit qui jamais n’a été choisi par hasard. Chaque personnage s’impose, même quand il apparait furtivement, tels Steve McQueen, Michelle Philips, Bruce Lee ou le producteur filou incarné par Al Pacino – Tarantino ne se refuse aucun petit plaisir. Si ce n’est qu’à la dernière demi heure que le rythme s’emballe furieusement, jamais on ne s’ennuie. Il y a tant (trop) à lire entre les lignes, entre séries B et western, film noir et thriller, comédie à grosses ficelles et drame en filigrane. Complémentaire et bancal, comique, colérique et mélancolique, le duo formé par DiCaprio et Pitt est l’un des plus captivants qu’on ait vu sur grand écran depuis longtemps.

Sophie Rosemont

Source ww.rollingstone.fr

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