Tariq Ramadan et « Christelle » : viol ? ou trahison affective ?

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Tariq Ramadan a longtemps prétendu avoir rencontré la plaignante surnommée « Christelle » le 9 octobre 2009 simplement pour boire un verre un court moment au bar de son hôtel. Christelle affirme qu’ils ont en réalité passé la fin d’après-midi et la nuit ensemble et l’accuse de l’avoir violée au cours de cette rencontre.

 

Fin septembre 2018, la presse annonce que la version de Tariq Ramadan est mise à mal par un rapport d’expertises informatiques authentifiant plus de 400 SMS échangés entre lui et Christelle entre août et décembre 2009 (1). Outre le fait marquant que sado-masochisme et scatologie semblent faire partie des fantasmes sexuels de Tariq Ramadan, les SMS montrent qu’une rencontre intime avec Christelle le 9 octobre 2009 ne fait guère de doute. 

 

La situation se complique donc sérieusement pour le théologien. Mais certains SMS pourraient le disculper.

 

Il est important de savoir que les 255 messages envoyés par Ramadan et retrouvés sur le téléphone portable donné par Christelle aux enquêteurs sont tous datés. Mais, en ce qui concerne les 144 messages de Christelle, les dates n’ont pas été retrouvées. Établir leur chronologie est donc impossible. Pour le moment, les informations données par la presse ne permettent pas de comprendre pourquoi la datation de ces SMS n’a pu être établie.

 

Quoiqu’il en soit, si l’on s’en tient, par exemple, à l’article de la journaliste Bernadette Sauvaget de Libération, où les SMS à décharge pour Ramadan ne sont pas évoqués, le scénario du viol peut paraître très convaincant (2).

 

 

Un viol 

 

Le 10 octobre 2009, lendemain de la nuit entre Ramadan et Christelle, Ramadan lui écrit : « J’ai senti ta gêne… désolé pour ma « violence », j’ai aimé… Tu veux encore. Pas déçue ? ». « Violence » est entre guillemets, mais le mot est lâché. Il est impossible de savoir ce que Christelle a répondu à Ramadan. Quelques heures plus tard, toujours le 10 octobre 2009, Ramadan envoie un autre SMS : « Tu n’as pas aimé… Je suis désolé […]. Désolé ». Ecrit-il ceci parce qu’il n’a pas eu de réponse de Christelle depuis plusieurs heures et qu’il en a déduit qu’elle n’a pas aimé ? Peut-être, mais on peut aussi penser qu’elle lui a répondu, et déjà indiqué qu’effectivement elle n’a pas aimé…

 

En septembre 2009, avant la rencontre, Ramadan envoie des messages où il exprime des fantasmes sado-masos. : « Je veux te baiser et te gifler. Te pisser dessus et te forcer à lécher ». Une semaine avant ce message, soit le 2 septembre 2009, il lui écrivait déjà : « Te gifler, te sodomiser, te frapper les fesses, te peloter, te saisir les cheveux et enfoncer ma queue à t’étouffer ». Europe 1 signale que Ramadan envoie un message à Christelle le 18 septembre 2009 où il lui propose une rencontre : « Bonjour ma belle. Je suis à Lyon le 9 et 10 octobre. Dis moi si on peut se voir », et qu’un autre message précise : « tu devras tout faire… tu es prête ? » (4). Et le jour du rendez-vous, le 9 octobre 2009, Ramadan écrit à Christelle vers 16 heures : « J’étais sous la douche mais attends ma douce chienne » (2).

 

La question de Tariq Ramadan à Christelle « tu devras tout faire… tu es prête ? » interpelle. Comment Christelle a-t-elle répondu à ce message ? A-t-elle posé ses conditions, ses limites, avant de se rendre au rendez-vous ? Il est évident que si le contrat passé entre les deux avant le rendez-vous était une relation de soumission totale incluant des gestes violents – comme les gifles -, il serait alors complexe pour Christelle de prouver le viol. La journaliste Bernadette Sauvaget du journal Libération s’est attelée à cette question (2). Selon elle, fin septembre, il y a beaucoup de tensions entre Christelle et Ramadan : Christelle a découvert un site internet belge où des femmes se plaignent de violences et d’abus sexuels de la part de Tariq Ramadan. Tariq Ramadan rassure alors Christelle, en lui affirmant que ces messages accusatoires sont des faux publiés par ses ennemis, et lui envoie le 30 septembre 2009 le message suivant : « N’aie pas peur, je ne sais pas la violence ». Dans un autre SMS, il l’assure qu’il y « aura de la douceur mais je veux que tu sois chaude, offerte, libre, cochonne ». Ces deux messages pourraient peser très lourds lors du procès, puisqu’après la rencontre avec Christelle, il lui dit : « désolé pour ma « violence » », ce qui pourrait indiquer un décalage entre ce qu’il avait annoncé à Christelle avant la rencontre, et ce qui s’est passé réellement pendant la rencontre, donc peser en faveur d’un viol.

 

D’autres SMS viennent conforter ce scénario, comme celui-ci, envoyé par Christelle et non daté : « ce n’est pas d’avoir des fantasmes et désirs qui sont le problème mais les coups entre autres choses ». Elle ne l’accuse pas textuellement de l’avoir violée, mais, évidemment, dire que les « coups » sont un « problème » pourrait indiquer qu’elle avait, avant la rencontre, posé des limites claires quant aux gestes violents comme les gifles dont parle Ramadan dans un SMS au mois de septembre.

 

Quoiqu’il en soit, la teneur des SMS de Ramadan apporte du crédit à la description du viol présumé faite par Christelle, où elle parle de coups et de scatologie (15).

 

 

Les SMS qui pourraient l’innocenter

 

Christelle a écrit à Ramadan ces deux SMS  : « si je passais un mauvais moment je serais partie » et « ta peau me manque (…) tu m’as manqué dès que j’ai passé la porte » (3). Il est impossible de dater ces deux messages, donc impossible d’exclure qu’ils ont pu être envoyés par Christelle à Ramadan le lendemain de la rencontre. Ces deux messages pourraient donc innocenter Ramadan.

 

Christelle déclare, lors d’une interview en octobre 2018, après publication par la presse de ces deux messages, que ceux-ci ont été écrits avant la rencontre avec Ramadan du 9 octobre 2009. D’après France Inter, Christelle affirme que ces messages ont été écrits sur la messagerie skype, lors d’un échange purement virtuel (6). Il est un peu difficile de croire que Christelle a écrit « ta peau me manque (…) tu m’as manqué dès que j’ai passé la porte » avant d’avoir rencontré physiquement Ramadan. Ou alors, il faut admettre que les deux s’étaient créés une sorte de monde imaginaire, un jeu de rôle complètement virtuel qui consistait à créer des histoires de rencontres fantasmées. Pas impossible, mais il faudrait le vérifier en lisant les 400 messages.

 

 

Relations charnelles « hard » consenties dans le cadre d’un mariage

 

D’après Christelle, Ramadan lui affirme en septembre 2009 qu’il est en instance de divorce avec sa femme. Et il lui fait entrevoir un avenir où elle serait à ses côtés, partageant sa vie à Londres, et s’occupant de ses enfants. Le 6 septembre 2009, Christelle et Ramadan se marient selon la coutume du « zawaj moutaa » (5)(6)(15). Il s’agit d’un mariage temporaire qui n’est pas officiel et peut s’établir sur simple accord oral dans un cadre privé. Ce mariage autorise les relations sexuelles.

 

Toujours selon Christelle, Ramadan et elle devaient se marier devant un imam à la mosquée de Lyon, juste après leur rencontre du 9 octobre 2009, dans la foulée de la conférence que tenait Ramadan à Lyon ce soir là (15). Entrons dans la spéculation pure. Il n’est pas impossible que Christelle ait eu une relation consentie avec Ramadan le 9 octobre 2009. La relation charnelle se déroule peut-être comme un jeu entre « mâle dominant et femme soumise », un peu « hard », mais elle ne proteste pas, se sentant simplement, par moments, « gênée ». Il est aussi possible que Ramadan se soit montré trop vigoureux dans un acte sexuel, qu’il l’ait peut-être un peu bousculée, l’entraînant vers un rapport sado-masochiste, avec éventuellement des propos pornographiques, peut-être des claques sur son postérieur, et que cela a pu atteindre ou dépasser les limites que Christelle pouvait en réalité supporter, mais sans qu’elle ne manifeste une désapprobation audible ou visible. Quoiqu’il en soit, il est absolument certain qu’il s’est passé quelque chose ayant rapport avec une forme de « « violence » » et qui a mis en gêne Christelle, puisque Ramadan lui envoie le 10 octobre 2009, juste après la rencontre ce message : « J’ai senti ta gêne… désolé pour ma « violence », j’ai aimé… Tu veux encore. Pas déçue ? ». Son amant ne semble pas avoir eu l’impression qu’il commettait un viol, mais a bien observé qu’elle était gênée.

 

 

Perte de confiance, sentiment de trahison, puis désir de vengeance

 

Après la rencontre avec Ramadan, il est plausible que Christelle se soit sentie déstabilisée. En effet, il était prévu qu’elle se marie avec Ramadan devant un imam après la conférence qu’il tenait à Lyon le soir du 9 octobre 2009. Elle devait ensuite le rejoindre quelques jours après à Londres, pour y partager sa vie (15). Comme Ramadan lui avait menti sur son statut marital (6), il ne pouvait bien sûr par l’inviter réellement à Londres, puisqu’il y habitait avec sa femme ! Il a donc probablement été obligé de se défausser et invoquer une excuse pour retarder le mariage. Il est fort possible que Christelle ait alors commencé à nourrir quelques doutes.

 

Rappelons aussi que Christelle avait eu des messages de Ramadan avant le 9 octobre 2009 qui la rassurait quant à la façon dont son futur partenaire sexuel se comporterait, puisqu’il y parlait de « douceur ». Malgré d’autres messages plus « hard » avant leur rendez-vous, elle pensait donc peut-être qu’il s’agirait d’une relation de soumission, mais sans aucun ingrédient qui puisse l’importuner. Elle espérait probablement vivre l’amour. Ramadan ne lui écrivait-il pas la veille de leur rencontre : « Il y a de l’amour, du désir, ce que je sais m’attire, mais je sais que ce sera plus encore… demain inch Allah » (3). Peut-être que le décalage entre l’attente de Christelle, les promesses de Ramadan, et la réalité de ce qu’elle a vécu ont entamé sa confiance en lui. Il lui avait écrit des messages affectueux, comme par exemple : « je pense à toi mon coeur » (4). Quel impact a eu sur elle leur relation physique s’il a concrétisé au moins en partie des fantasmes sado-masochistes ? Peut-être a-t-elle éprouvé les premiers doutes sur la sincérité de son affection.

 

Christelle se met en contact le 13 octobre 2009, soit 4 jours après le rendez-vous avec Ramadan, avec une ancienne maîtresse de celui-ci (7). On sait aussi que Christelle a discuté avec plusieurs autres anciennes maîtresses de Ramadan fin 2009 (2). Peut-être apprend-elle alors que Ramadan a toujours prétendu qu’il était en instance de divorce aux femmes qu’il voulait conquérir, mais sans jamais divorcer réellement. Elle en a peut-être déduit que Ramadan est un menteur, un escroc aux sentiments, faisant croire à ses partenaires qu’il éprouve pour elles une affection particulière, mais dont l’objectif réel est un simple assouvissement de ses désirs sexuels.

 

Tout ce qui s’est ensuivi pourrait donc être la vengeance d’une femme qui s’est sentie sentimentalement trahie.

 

Est-ce après la découverte des stratagèmes récurrents de Ramadan qu’elle lui envoie le message suivant ? « Je ne laisserai aucune autre femme se faire déchirer comme tu l’as fait avec moi. Je n’en ai rien à perdre et je sacrifierais ma vie, s’il le faut, tues moi », « ce n’est pas d’avoir des fantasmes et désirs qui sont le problème mais les coups entre autres choses », « Le désir est une chose mais toi tu es reparti indemne mais pas moi. Percutes ! Percutes que tu as un prob » (2). On sait aussi que Christelle a rencontré un magistrat fin 2009, accompagnée par Caroline Fourest (11), la pire ennemie de Tariq Ramadan. Le magistrat lui conseille de porter plainte. Mais Christelle n’aurait pas eu le « courage » de le faire à cette époque (9). Elle ne le fera que 8 ans plus tard, en 2017, après que Henda Ayari, une autre plaignante, ait porté plainte contre Ramadan pour viol.

 

 

Les excuses n’ont pas suffi

 

Dans un autre message, Christelle dit : « J’attends depuis le 9 tes excuses plates et sincères ! Ils ont halluciné à l’hôpital en voyant mon anus déchiré. » (2). Ce message n’a très probablement pas été écrit juste après la rencontre. Sinon, elle n’aurait pas dit qu’elle attendait des excuses « depuis le 9 ». Il a au minimum était écrit deux ou trois jours après. Il est aussi possible qu’il ait été écrit bien plus tard, après qu’elle a contacté les anciennes maîtresses de Ramadan. Dans ce message, elle ne l’accuse pas de l’avoir violée. Elle lui demande des excuses. Peut-être tente-t-elle de le piéger, afin qu’il reconnaisse ses torts et qu’elle puisse s’en servir lors d’un futur procès ? Ou bien peut-être est-elle prête à lui pardonner, sous condition qu’il se repente de l’avoir forcée. Selon la journaliste Bernadette Sauvaget, à un moment donné après la rencontre, Tariq Ramadan dit a Christelle qu’elle ne lui a jamais demandé d’excuses. Et ensuite, plus tard, il lui écrit : « Pour tout, je te demande de m’excuser vraiment » (2). Tout cela est difficile à décoder, étant donné qu’il est impossible de dater les messages de Christelle, et donc de les positionner par rapport à ceux de Ramadan. En tous cas, il semblerait que les excuses présentées par Ramadan n’ont pas suffi à Christelle, car elle ne lui a pas pardonné.

 

 

Des détails intrigants

 

Selon la journaliste Bernadette Sauvaget du journal Libération, Christelle est entré en contact avec d’autres maîtresses de Tariq Ramadan à l’époque du viol présumé, c’est à dire en 2009 (2). D’après RTL, qui a consulté des documents de la défense de Ramadan, Christelle et une ancienne maîtresse de Ramadan ont eu « longue série de conversations sur Skype » entre le 13 et le 20 octobre 2009, donc quelques jours après la rencontre de Christelle avec Ramadan. RTL écrit à ce sujet : « Christelle dénonce la relation sexuelle forcée et violente que lui a imposé Tariq Ramadan, mais elle disserte également sur son « charme » et plaisante : « c’est vrai qu’il est beau gosse sinon on se serait pas fait avoir lol » ». Il est regrettable que RTL n’est pas indiqué les messages exacts de Christelle concernant la « relation sexuelle forcée et violente » que lui aurait imposée Tariq Ramadan, car nous aurions eu alors la version des faits par Christelle seulement quelques jours après la rencontre avec Ramadan. RTL transmet aussi une information très surprenante : Christelle évoque lors de ces conversations des pressions exercées par « les politiques et le président » pour qu’elle porte plainte (7). Comment est-il possible que seulement quelques jours après le rendez-vous avec l’islamologue elle ait été déjà en contact avec des « politiques » et le « président » ? Cette femme est-elle une affabulatrice, une mythomane ? Ou alors le document de la défense de Ramadan analysé par RTL est-il constitué de faux ? Si oui, pourquoi les faussaires auraient-il indiqué que Christelle dénonçait une « relation sexuelle forcée et violente » ? Tout cela est fort mystérieux.

 

La rencontre entre Christelle et Ramadan le 9 octobre 2009 a débuté dans l’après-midi et elle dit avoir été violée avant la conférence que Ramadan a tenu pendant la soirée (8). Christelle serait donc restée dans la chambre pendant plusieurs heures, pendant la conférence de Ramadan, qui serait sorti de la chambre après l’avoir menacée et en emportant ses vêtements : « Sois sage. Je donne des instructions. Si tu fais quoi que ce soit, je serai immédiatement averti et ça se passera mal » lui aurait-il dit. Christelle affirme être restée prostrée dans la chambre (15). Même si Christelle avait un handicap à une jambe comme elle l’affirme, il n’eût pas été compliqué pour elle de tambouriner contre la porte pour se faire délivrer par le personnel de l’hôtel pendant que Ramadan était absent. Elle a donc du prendre les menaces présumées de Ramadan très au sérieux. Elle déclare plus tard : « J’ai eu la peur de ma vie » (16). Elle décrit aussi le viol comme d’une violence inouïe : elle parle de coups au visage, sur le corps, sur le ventre, de sodomie forcée avec un objet, elle décrit ainsi Ramadan : « J’étais glacée d’effroi. Il était droit comme un “i”. Il avait des yeux de fou, la mâchoire serrée qu’il faisait grincer de gauche à droite. Il avait l’air habité comme dans un film d’horreur. Terrifiant, terrifiant, terrifiant. » (15). Elle ajoute : « À un moment, il m’a étranglée, il m’a coupé la respiration. J’étais persuadée qu’il me tuerait ce soir-là » (21). Il semblerait que Christelle a été véritablement massacrée : « J’ai hurlé de douleur en criant stop ! », « Plus je hurlais et plus il tapait » (19). Elle raconte qu’après la rencontre son visage était « tuméfié » (6). Après une telle horreur, elle écrit quelques jours plus tard : « c’est vrai qu’il est beau gosse sinon on se serait pas fait avoir lol » (7). Rappelons que « lol » veut dire en anglais « Laughing out loud », c’est à dire « rire aux éclats ». 

 

Le lendemain de la rencontre, Ramadan lui envoie le fameux SMS : « J’ai senti ta gêne… désolé pour ma « violence », j’ai aimé… Tu veux encore. Pas déçue ? ». Ramadan paraît donc prévenant, il s’enquiert de ce qu’elle a vécu. Christelle aurait aussi reçu un autre SMS après la rencontre, où Ramadan ferait allusion à « une nuit romantique et tendre » (22). Ramadan est-il complètement fou ? Est-il d’un cynisme effroyable ? Essaie-t-il de brouiller les cartes, envoie-t-il des messages trompeurs, prévoyant une possibilité d’un futur procès entre lui et Christelle ? Dans ce cas, s’il est machiavélique, pourquoi avoir exposé par SMS avant la rencontre des fantasmes de sado-masochisme et de scatologie ? Et pourquoi mettre le mot « violence » dans le SMS le lendemain de la rencontre, un mot qui, même entre guillemets, serait une preuve éventuellement à charge contre lui ? Ces points restent à éclaircir.

 

Un certificat médical datant de 2009 a été fourni par Christelle pour prouver l’agression. Selon le Muslim Post, ce certificat ne fait état que d’une suspicion de maladie sexuellement transmissible, et d’une crise d’hémorroïdes : cela contredit les déclarations de Christelle qui accuse Ramadan de lui avoir porté un déluge de coups (20). D’après L’Obs, le certificat comporte tout de même la mention « agression sexuelle », mais cette mention serait simplement conforme à la déclaration faite par Christelle au médecin qui l’a auscultée en 2009 (11).

 

Christelle semble avoir une mémoire défaillante. En 2012, Christelle a rencontré Henda Ayari, une autre plaignante, mais elle a affirmé dans un premier temps qu’elle ne la connaissait pas (12). Dans un témoignage publié dans Marianne en novembre 2017, donc après son dépôt de plainte ainsi que celui d’Henda Ayari contre Ramadan, Christelle ne semble pas connaître Henda Ayari (17). La mémoire de sa rencontre de 2012 avec elle ne lui revient que plus tard.

 

 

L’union fait la force

 

Le Muslim Post publie deux conversations entre Christelle et l’une de ses amies datant du 24 et du 26 octobre 2009, soit une quinzaine de jours après la nuit du viol présumé. Christelle explique d’abord à son amie que Caroline Fourest, qui est l’ennemie jurée de Ramadan, fait « partie de son plan ». Puis, deux jours après, Christelle fait part à son amie qu’elle a contacté Caroline Fourest et que cette dernière « ne veut pas l’attaquer dans ce sens », puis Christelle conclue sa conversation avec son amie en déclarant : « mais nous on va s’occuper aussi de faire tomber sa carrière politique a notre façon lol » (20).

 

Fin octobre, Christelle crée un blog. Ramadan la traite de « menteuse » et la menace d’une action judiciaire : « Ne joue pas aujourd’hui à la victime. […] J’ai parlé à mon avocat, va de l’avant et tu verras. C’est un choix. J’ajoute rien mais mon avocat t’attaquera sur les dommages et intérêts et il m’a dit [que] pas moins de 300 000 euros seront exigés » (2).

 

Le 16 novembre 2009, Christelle, se rend sur le plateau de Ce Soir ou Jamais, une émission qui propose un débat entre Caroline Fourest et Tariq Ramadan. A la suite de ce débat, le 20 novembre 2009, Tariq Ramadan envoie ce message à Christelle : « Un jour peut-être vous saurez le vrai soutien de Fourest aux sionistes qui tuent les Palestiniens. Ils me haïssent pour cela. Votre égoïsme et votre combat de femmes vexées seront à mettre à l’échelle de cette lutte. […] Si Fourest est votre amie, Dieu sera votre ennemi » (2).

 

Cristelle dit aussi avoir voulu porter plainte contre Ramadan fin 2009, s’être rendue devant la porte d’un commissariat, avoir fait demi-tour sans aller au bout de sa démarche, puis avoir renoncé définitivement à son projet après avoir été menacée par un inconnu sur une terrasse : « Arrête tout ou tu finiras suicidée dans la Seine ». Elle affirme aussi que Ramadan a effectué sur elle une « pression psychologique cruelle, très intense », qui l’a amenée à une tentative de suicide, et elle parle d’un harcèlement psychologique de Ramadan pendant trois ans, de coups de téléphone anonymes, de menaces, de filatures. Marianne écrit dans le titre de son article : « 8 ans de terreur » (18).

 

En 2012, Christelle rencontre Henda Ayari, qui sera la première plaignante en 2017 à accuser Tariq Ramadan de viol (12). En 2017, pendant une période de six mois avant qu’elle dépose plainte, Christelle communique 116 fois sur la ligne téléphonique de Fiammetta Venner, une amie intime de Caroline Fourest. Henda Ayari communique 156 fois sur cette même ligne et sur la même période (10).

 

 

Conclusions 

 

Deux hypothèses au moins sont possibles. L’une est que Christelle et Henda Ayari ont été violées puis ont subi des menaces récurrentes mises en place par Ramadan pour leur ôter l’envie de porter plainte contre lui (13). Cela expliquerait la nécessité pour les victimes de Ramadan de se donner du courage entre elles et auprès d’adversaires de Ramadan. Cela expliquerait aussi les dépôts de plainte tardifs. 

 

L’autre hypothèse est que les deux femmes voulaient se venger de Ramadan, non qu’il les ait violées, mais qu’il les ait trahies en leur promettant une affection qui n’était pas sincère. Dans ce deuxième cas, les relations sexuelles étaient consenties sur le moment. Mais ensuite, les deux femmes ont découvert que Ramadan mentait, notamment sur son statut marital. Elles ont alors décidé que les relations n’étaient, rétrospectivement, pas consenties, puisque l’affection de Ramadan, qui était une condition de ce consentement, était soit feinte, soit inconsistante. Comme le disait Christelle en plaisantant à une ex-maîtresse de Ramadan : elles se sont faites « avoir ». Elles ont donc voulu se venger, et n’ont osé passé à l’acte que lorsque les conditions ont été favorables. L’occasion s’est présentée en 2017 avec #balanceTonPorc, le grand mouvement de libération de la parole sur le harcèlement que certaines femmes subissent. Bien sûr, la trahison affective n’étant pas pénalement condamnable, il a fallu que les plaignantes invoquent un autre motif.

 

Dans ce deuxième cas, comme dans le premier, il est possible que les plaignantes aient été encouragées dans leurs démarches judiciaires par les adversaires de Ramadan. En juin 2013, Henda Ayari écrit à Ramadan : « Nous sommes des êtres humains avec nos failles. J’étais dans une période difficile et instable et des personnes qui te haïssent m’ont monté la tête contre toi en te faisant passer pour un monstre pervers et sans cœur » (14). 

 

Quoiqu’il en soit, dans cette affaire, en s’appuyant uniquement sur des sources de presse, il me paraît impossible de déclarer Tariq Ramadan innocent ou coupable de viol. Il serait hasardeux de se prononcer sans avoir lu la totalité des pièces du dossier.

 

Claude Gracée

 

 

 



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